25/01/2010

Hitler et la radio

Médias. Même les plus jeunes générations n'ignorent rien des vociférations d'Adolf Hitler, amplifiées par les hauts parleurs lors des grands rassemblements nazis ou transmises par les postes de TSF - la télégraphie sans fil, comme on disait à l'époque - dans les foyers allemands. Pour en retrouver le souvenir auditif, à vrai dire inoubliable, il suffit de rester quelques soirs devant la chaîne Arte, qui diffuse des reportages historiques en abondance.

L'association du nazisme et de la radio est tenue pour un fait de l'histoire. Les deux grandes figures de l'Ecole de Francfort, Horkheimer et Adorno, écrivaient (La Dialectique de la raison, 1947) que «les nazis eux-mêmes savaient bien que la radio achevait de donner forme à leur cause, comme le fit la presse d'imprimerie pour la Réforme».


Dans l'Allemagne hitlérienne, la consigne était d'écouter les discours du Führer en laissant les fenêtres ouvertes. C'est pourquoi le spécialiste canadien des médias Marshall McLuhan, aux théories peu conformistes, a qualifié la radio de «tam-tam tribal» (Pour comprendre les médias, 1964). Du coup, la radio née à la fin de la Première Guerre mondiale, a été chargée d'une responsabilité lourde dans l'avènement du national-socialisme.

Les choses ne sont pas si simples. L'historien Richard Evans montre qu'elle n'a été pour rien dans l'accès d'Adolf Hitler au poste de chancelier du Reich, le 30 janvier  1933 (Le Troisième Reich, tome I, L'avènement, 2009). La désignation du chef du parti nazi, fort sans avoir remporté d'élections démocratiques,  faisait suite à une décision du président Hindenburg, avec l'assentiment de l'armée, et à des tractations entre les milieux dirigeants des partis. Non seulement elle ne s'est pas opérée avec l'appui de la radio, mais elle s'est plutôt imposée contre elle. Jusqu'alors, la radio était en effet publique et de plus en plus écoutée: un million d'auditeurs en 1926, quatre millions en 1932. Elle était ouverte à des opinions diverses, y compris celles de la gauche. Le sociologue américain Paul Lazarsfeld, cité par McLuhan, considère même qu'à l'époque de la montée d'Adolf Hitler vers le pouvoir, elle «était aux mains de ses ennemis».

Ce que les dirigeants nazis, le ministre de la Propagande Goebbels en tête, en ont fait par la suite est une autre histoire. Et l'histoire n'a pas tardé. Dès le 30 janvier au soir, Goebbels organise une retraite aux flambeaux de Chemises brunes, de Casques d'acier et de SS à travers Berlin. Sans avoir encore la moindre fonction officielle au gouvernement, il obtient que l'événement soit commenté en direct par la radio. Le 10 février, le discours du nouveau Chancelier du Reich au Palais des Sports est diffusé dans toute l'Allemagne. La radio est exploitée de manière intensive pendant la campagne précédant les élections au Reichstag de mars 1933. Goebbels réussit à faire échec à toutes les tentatives des autres partis de diffuser des émissions politiques, à l'exception des nationalistes. Le 30 juin, il obtient un décret d'Adolf Hitler confiant le contrôle de tout le réseau au ministère de la Propagande. Il sait ce qu'il fait. Dans un discours du 25 mars, il a déclaré: «Je considère la radio comme l'instrument le plus moderne et le plus important qui existe pour influencer les masses.»

Des paroles aux actes. Le régime encourage par des subventions à l'industrie la fabrication et la distribution en masse de récepteurs bon marché. Ce sont les Volksempfänger, les récepteurs du peuple, comme il devait y avoir une voiture du peuple, la Volkswagen, dont le prototype sera présenté au Salon de l'automobile de Berlin en février 1939.

Commentaires

Les foules sont plus diversement informées aujourd'hui. Entre la télévision satellite, les groupes de presse, et maintenant l'Internet, il n'est plus possible d'enfermer le peuple dans un système de pensée. Même Berlusconi, passé maître en la matière, ne peut pas empêcher la démocratie de fonctionner. A part un coup d'Etat provoqué par l'armée soutenant un apprenti dictateur, je ne vois pas comment, en démocratie, un leader nationaliste pourrait s'imposer de manière définitive sur une scène nationale. Cependant notre inquiétude et notre vigilance doivent être maintenue devant la montée de la haine, des insultes, du racisme. Le récent événement raciste de Vallorbe (voir le blog de Swissmétis) qui engage la responsabilité d'un élu radical et non UDC, montre que gentiment les consciences sont gagnées par le rejet de l'étranger. Donc, continuons d'informer au plus près des faits réels, afin que notre jeunesse puisse avoir un autre son de cloche que celui des sirènes fascistes.

Écrit par : Jean-Marie Gumy | 25/01/2010

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