12/05/2010

Jean Ferrat deux mois après

Célébration. La mort de Jean Ferrat, à la mi-mars, a libéré des torrents d'éloges, dans les journaux, sur les ondes, sur la Toile. Tout le monde y est allé de son couplet, s'appropriant parfois sans pudeur son œuvre et sa mémoire. C'est ainsi à chaque fois qu'un chanteur populaire s'en va.

Je retrouve parmi des coupures de presse une chronique de la médiatrice du Monde, publiée à la fin du même mois. Elle est intitulée «Ferrat l'intouchable». Elle s'ouvre par ces mots: «Certains morts ne supportent pas la critique, ni même la réserve». Véronique Maurus se fonde sur les réactions de lecteurs du journal, sur papier ou en ligne, à un article de Bruno Lesprit. Hommage nuancé, en effet, non sans distance envers l'héritage du chanteur.


Comment échapper à l'éloge obligé? Agacé par tant de propos convenus, j'y ai songé, sur le moment. J'ai piteusement renoncé. S'y aventurer, c'est s'exposer aussitôt à l'insulte. Jean Tenenbaum de naissance, Ferrat s'est trouvé à onze ans orphelin de son père, déporté à Auschwitz. Il s'est assumé en compagnon de route du Parti communiste, traversé comme d'autres par des doutes tardifs. Il a mis en musique des textes de Louis Aragon... Alors, essayez donc et vous risquez de vous trouver tour à tour «antisémite» (le pire!), «réac», «épais», sans oublier «indécrottable soixante-huitard» à cause des Petits cons, sur les enfants de bourgeois parisiens qui s'éclateront en Mai.

Après Nuit et brouillard, Potemkine, Le Bilan (allusion au bilan « globalement positif » de l'Est communiste, proclamé par Georges Marchais) comment oser donc des propos qui ne seraient pas de totale adhésion? De spontanée empathie avec tout un public d'admirateurs?  Comment avouer la lassitude à entendre cette voix au timbre trop charmeur, la guimauve de l'album Ferrat chante Aragon, en regard des chansons sarcastiques, épicées, emportées qu'a tirées du même poète son presque homonyme Léo Ferré?

Au jour de la mort de Jean Ferrat, je gardais le souvenir confus de quelques-unes de ses premières chansons: Ma môme (paroles de Pierre Frachet), Les nomades (paroles de Michelle Senlis)... Divers témoignages rendus par la télévision, l'écoute de deux ou trois microsillons dénichés aux Puces me les ont remises dans l'oreille, et quelques autres aussi. Elles s'estompent déjà. Le désir et le bonheur d'entendre les grandes voix de la chanson française ne me quittent jamais, auteurs, compositeurs, interprètes, de Brassens à Brel, de Ferré à Gainsbourg, de Barbara à Gréco ou Montand, selon l'humeur ou la saison. La liste s'allongerait sans peine, sans que je songe à y glisser le trop lisse Ferrat.

Ce ne sont qu'affaires de goûts, qui ne se discutent pas, dit-on. D'où vient que deux mois après la mort de Jean Ferrat, ce ne soient toujours pas des choses à dire?

Commentaires

Bonjour cher Monsieur. Des tabous de bienséance... Ecrire avec un oeil critique dérange les trop bonnes consciences, les cultures bien établies. Essayer de critiquer Cannes et vous recevrez une claque sans invitation pour la prochaine fois. Le tapis rouge et les agapes pour le cercles des initiés et des flagorneurs. Pour les autres... Qu'ils aillent voir ailleurs si c'est mieux. Pourtant on ne fait une critique qu'à ce qui nous interpelle, donc à ce qui nous a intéressé ou nous intéresse encore. Ils nous restent à boire la tasse et à accepter d'écrire en marge du système... Bonne journée à vous.

Écrit par : Jean-Marie Gumy | 14/05/2010

Je ne suis pas du tout d'acord avec vous.
Primo, pour quelques guimauves comme vous dîtes, Jean Ferrat a éctrit les plus belles chansons qui soient, des merveilles, des chefs-d'oeuvres
Jamais, au grand jamais, aucun autre artiste ne m'a donné autant de bonheur musical. Il est l'artiste parfait.Tout y est: beauté extrème des mélodies, textes ciselés à la perfection, voix magnifique, qui peut l'égaler?
Et cette beauté inouie....."La matinée", sans aucun doute pour moi (et pour de nombreuses personnes, allez donc sur le Net) la plus belle chanson du monde et de loin. Une merveille de beauté et d'émotion, de pureté, et je ne suis pas la seule à le penser. INOUBLIABLE!!!
"Que serais sans toi", "Complainte de Pablo Neruda", "Dans la jungle ou dans le zoo", et tant d'autres merveilles. C'est une énorme insulte à son talent, à sa voix magnifique, sensuelle, profonde, unique
Pas d'accord non plus avec votre qualificatif de lisse!
Jean a toujous été un être revolté, d'une grande lucidité, d'un grand humanisme, d'une grande dignité, toujours sincère, pas matérialiste ( au contraire de Ferré, dont je n'aime pas du tout le répertoire).
Même le cieux doivent se pâmer de bonheur en entendant les magnifiques chansons, les textes, la voix de Jean, qui n'est pas là pour se défendre.
La dérision et la mauvaise foi ont leur limites.

Écrit par : Diane Dorcel | 22/05/2010

Jean Ferrat avait tant de qualités physiques,morales intellectuelles il plaisait tant aux femmes qu'il ne pouvait que susciter de grandes jalousies auprès des hommes... On peut aimer Ferré et Ferrat, il n'y a rien d'incompatible, la diversité heureusement est encore admise.

Écrit par : Mireille Michau | 04/06/2010

Les commentaires sont fermés.