25/05/2010

La SSR, une affaire trop sérieuse...

Médias. C'est fou ce qu'ils se sont agités, les journalistes. Sur les ondes, dans les pages des journaux, sur leurs blogs. La désignation de Roger de Weck à la direction de la radio et de la télévision a donc fait beaucoup parler dans les rédactions - le plus souvent en termes favorables, mais pas seulement. Ailleurs, le ton a été dans l'ensemble assez réservé. Les partis politiques n'attendent-ils pas tous d'un directeur de la SSR quelque chose qui leur soit profitable?


Du côté de la critique, explosion de «trop»: européen, intellectuel, bien né, à gauche, hochdeutsch.  Et de «pas assez» : à poigne, gestionnaire, proche du peuple, audiovisuel, schwyzerdütsch. Le tout saupoudré du soupçon, de la part de ceux qui la déteste ou règlent des comptes, de voir le nouveau directeur étouffé en quelques ondulations par les tentacules de la pieuvre SSR.

Il faudrait reprendre tout cela point par point. Ce serait céder après d'autres à la tentation des étiquettes, avant même d'avoir goûté au flacon. Le dernier conseiller fédéral élu n'a-t-il pas subi semblable régime? Il me semble que Didier Burkhalter se révèle aujourd'hui moins gris qu'on l'a prétendu voilà moins d'un an. Il me semble aussi qu'Armin Walpen, directeur sortant de la SSR, grand commis issu du sérail audiovisuel, tout bardé de mérites fédéraux et confédéraux, n'a pour sa part pas convaincu tout le monde, et moins encore les ultimes contrôleurs des comptes de la régie.

J'ai rencontré Roger de Weck dès son entrée dans le journalisme. Le rédacteur en chef de la Tribune de Genève de l'époque, Georges-Henri Martin, m'avait confié la tâche de recevoir les prétendants à des postes de stagiaires. François Gross, patron de la rédaction de La Liberté, m'avait chaleureusement recommandé ce rejeton d'une famille patricienne fribourgeoise.

Un entretien substantiel m'a aussitôt convaincu de ses aptitudes. Si évidentes qu'il ne me viendrait pas à l'idée de me prévaloir aujourd'hui d'un discernement particulier. Pas de chance! Le journal n'avait alors qu'un seul poste ouvert, et il venait d'être pourvu. J'ai donc entrepris de convaincre Georges-Henri Martin. Généreux et ouvert comme toujours, Martin se laissa persuader, racontant je ne sais plus quelle histoire à l'éditeur pour justifier la création de ce poste supplémentaire.

Et voilà donc Roger de Weck à la rédaction de la Tribune, armé de ciseaux, la colle à portée de main, s'initiant aux fondamentaux du choix des nouvelles, de la formulation des titres... Il apprit vite, passa à la rubrique économique. Il s'y illustra en double avec Max Mabillard par une enquête d'investigation, comme on en faisait très peu en ce temps-là, sur un scandale bancaire à Chiasso impliquant le Crédit Suisse.

Roger de Weck s'est posé d'emblée en journaliste critique, rigoureux et honnête. J'en ai gardé cette image, que ne brouille aujourd'hui aucune attribution d'orientation politique. Sa carrière s'étant développée ailleurs, à Zurich, à Hambourg, je suis dans l'impossibilité d'évaluer de manière informée et avisée ses talents ou ses lacunes dans la gestion des journaux. Un parcours comme le sien n'est pas de ceux qui doivent tout à la chance et au hasard. Je le croise rarement, assez régulièrement cependant pour m'assurer qu'il n'a rien perdu de ses qualités premières. La dernière fois, c'était lors de la remise du prix de la Fondation pour Genève à Jean Starobinski.

La SSR est une affaire sérieuse. Il s'agit d'information, de culture, de loisirs en équilibre instable dans un pays composite et dans un climat hautement concurrentiel. Aucun directeur ne saurait prétendre réunir seul toutes les compétences. L'important est qu'il connaisse ses faiblesses et sache les compenser. D'où vient que, jusque dans les médias, il se trouve des gens inspirés peut-être par Georges Clémenceau pour insinuer que cette affaire est trop sérieuse, justement, pour être confiée à un journaliste?

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