14/06/2010

L'égalité bien entendu, mais comment?

Débat. Voici une petite semaine, je me suis arrêté sur le premier membre de la phrase sur l'égalité inscrite par les Constituants genevois au chapitre des droits fondamentaux: «Toutes les personnes sont égales en droit et en fait». Je me suis alors intéressé à la personne. Il me reste à discuter les registres de l'égalité.


La mention de l'égalité «en droit» va de soi. Elle s'inscrit dans un projet de loi fondamentale. Ce serait un non-sens qu'elle soit escamotée et personne ne la conteste. Les inégalités concrètes qui subsistent entre l'homme et la femme dans notre société avancée ont néanmoins justifié l'ajout «et en fait».

On perçoit le sens de ce complément. Dans un ordre constitutionnel moderne, il ne suffit pas de garantir des droits. Encore faut-il en ménager les conditions de respect, d'application, voire de progrès. C'est à quoi devraient servir les lois. On retrouve là, pour partie, la discussion sur les libertés formelles et les libertés réelles. L'affirmation constitutionnelle d'une égalité «en fait» crée un climat de stimulation permanente.

Si l'égalité en droit de l'homme et de la femme est acquise, si d'énormes progrès ont été accomplis dans la formation, tout n'est pas assuré sous l'aspect des conditions de travail, des salaires, de la promotion professionnelle, de la prise en charge d'une famille, des travaux domestiques, pour s'en tenir à ces quelques aspects.

L'harmonie entre l'égalité en droit et l'égalité en fait n'est pas facile à assurer. Car l'inégalité, non sur le papier, mais dans la vie, se loge partout: naissance, climat, fortune, milieu social, vie familiale, santé, aptitudes... Dans sa monumentale Théorie de la justice (1971), le philosophe américain John Rawls part de l'idée que toute description des conditions de l'égalité devrait faire abstraction de la situation particulière de chacun. Il l'illustre par la métaphore du voile d'ignorance: pour définir ce qu'est l'égalité, il convient de voiler sa situation propre et de s'imaginer dans la position la plus défavorisée.

Rawls retient donc la nécessité d'intégrer un «principe de différence», qui prend en compte les inégalités concrètes observées dans une société réelle. Il formule ainsi l'articulation entre égalité en droit et égalité en fait:

«En premier lieu: chaque personne doit avoir un droit égal au système le plus étendu de libertés de base égales pour tous, qui soit compatible avec le même système pour les autres.

En second lieu: les inégalités sociales et économiques doivent être organisées de façon à ce que, à la fois, a) elles apportent aux plus désavantagés les meilleures perspectives et b) elles soient attachées à des fonctions et à des positions ouvertes à tous, conformément à la juste (fair) égalité des chances.»

Cette vision d'une société juste dépasse évidemment, sans l'exclure cependant, la seule question de l'égalité entre l'homme et la femme. Elle concerne, en effet, «toutes les personnes».

 

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