24/06/2010

Les tricheurs du foot au ralenti

Dribble. Situé en marge depuis six mois. Forcé à rien et moins encore à commenter en notes haletantes les crocs-en-jambes sur nos pelouses locales. Deux semaines de football mondial et me voilà renvoyé en touche, bousculé d'un coup d'épaule dans le dos, que l'arbitre n'a même pas vu.


J'y rejoins d'autres astéroïdes de la blogosphère, qui tentent de s'intéresser à autre chose qu'à ce ballon qui ne tourne plus vraiment rond. Ils ont tort, naturellement. Parlez de foot! Autrement, taisez-vous! A moins de pousser des coudes, de se précipiter sans relâche sur le moindre espace comme un marchand à la sauvette, avec sa petite marchandise exotique. L'autre soir, le journal de 20 heures de TF1 n'en a eu quasiment que pour les Bleus, qui bouclaient leurs valises. Trente minutes à décortiquer le psychodrame. Laurence Ferrari tenait divan.

Au fait, j'ai toujours aimé le football, et je l'aime encore. Comme jeu, pendant la récréation, dans le préau de l'école du 31-Décembre. Les honnêtes ballons étaient interdits, par respect pour les carreaux des salles de classe. C'était donc avec une balle de tennis récupérée aux alentours des courts du parc des Eaux-Vives. Ou distribuée par notre institutrice après usage. Aussi féroce, la balle, que le béret de Cingria. Elle faisait de nous des virtuoses du dribble et du jeu court, sans la moindre utilité sur un terrain de foot. Les buts étaient délimités par nos blousons.

Aussitôt après, comme école de vie (merci encore, cher Camus) parmi les petits violets du stade de Frontenex; plus tard, pour moins de deux ans, en junior grenat. Par la suite, glissades et cascades en séries inférieures, où mon sommet personnel culmina en deuxième ligue.

Ce parcours modeste et jubilatoire s'acheva à l'âge de trente-quatre ans sur le terrain de Varembé. Fracture du tibia et du péroné, traitement à l'ancienne, extension, plâtre et compagnie, onze mois sur les cannes anglaises. Dès que j'ai recommencé à clopiner, je suis passé au tennis. La nuit, il m'arrive encore de rêver de football et de lancer dans mon sommeil de grands coups de pied en travers du lit.

Le foot. Je le regarde aujourd'hui à la télévision, comme tant d'autres. J'ai le nez froid quand la Suisse joue. Je suis impatient de découvrir au hasard d'une transmission en direct la feinte de génie, le trait sublime - ah, le merveilleux premier but de la compétition, venu de l'aile gauche de l'équipe d'Afrique du Sud! Les ralentis sont savoureux.

Malheureusement, je vois aussi les tricheries. J'ai le sentiment d'en voir de plus en plus. C'est effrayant. Je n'ai jamais eu la moindre indulgence pour la prétendue «main de Dieu» invoquée par Maradona. J'étais Irlandais le soir de la gauche honteuse de Thierry Henry. Les maillots tirés, les coups de varlope me gâchent le spectacle. Les plongeons abusifs des attaquants dans le carré de réparation sont pitoyables.

Le pire, l'intolérable, ce sont les comédies de ces joueurs qui se tiennent soudain le visage comme s'ils venaient de recevoir des éclats de grenade, qui se roulent de douleur simulée pour obtenir par leurs simagrées l'expulsion d'un adversaire. Illusionnistes de bas étage, ils ne cherchent qu'à transformer en voie de fait la maladresse de l'autre ou la rudesse du jeu. Ils ne volent pas un but, ils ne chapardent pas un tir de pénalité, ils démolissent sciemment l'esprit du foot, qui se joue à onze.

 

Commentaires

Bonjour, cher Monsieur. Ah l'enfance! Entre deux blousons ou deux pommiers, nos buts étaient nés de l'improvisation de notre esprit et de notre soif de nous amuser. Avec des millions dans les poches, les vedettes préfèrent s'amuser et s'aviner dans les bars et nous transmettre le spleen de leur ennuis et la façade de leurs tricheries amoureuses sur le terrain en nous offrant une triste image de la réalité de notre monde moderne. Mais on ne va pas jouer les Caliméro ici. On va toujours croire que le foot est un jeu créé pour les artistes. Et que les Japonais, comme les Américains d'ailleurs, vont nous redonner le goût du jeu amoureux plutôt que celui du fast-food formaté... Et si l'équipe du Nouveau monde avait décidé de donner l'image d'un Autre Monde à son Président Obama? Bonne journée à vous.

Écrit par : Jean-Marie Gumy | 25/06/2010

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