28/06/2010

Bâle au bonheur de l'art

Découverte. Chaque année, Bâle connaît une congestion artistique unique au monde. Sa foire d'art moderne et contemporain, Art Basel, attire soixante mille visiteurs, quelque trois cents galeries de toute la planète, parmi les meilleures et les plus pointues.


Le professionnel, le collectionneur y découvrent des informations sur les tendances émergentes, sur l'évolution du marché. Ils y trouvent aussi les conditions de belles affaires qui en assurent la santé.

L'amateur, le simple curieux en sortent estourbis, les jambes lourdes et le regard brouillé. Qu'ont-ils vu qu'ils n'ont pas simplement reconnu? A chaque fois, dans cette jungle, j'ai beaucoup de peine à découvrir des œuvres originales, des expressions neuves, qui seraient capables de m'interpeller ou de me toucher. Non pas qu'elles soient absentes, j'en suis sûr. Mes yeux sont simplement incapables de les discerner. Je ne repère que ce qui m'est familier.

Art Basel est un sûr révélateur des effets de la mode. Elle ne l'est pas moins de ses replis. C'est en creux et en bosses que se dessinent dans ses travées les courants artistiques.

Il y a quelques années, les stands de grandes galeries faisaient la part belle aux immenses paysages urbains produits par une génération de photographes allemands, enfants clonés d'un couple de véritables créateurs, Bernd et Hilla Becher (les photographies noir-blanc de paysages industriels, de silos, de hauts fourneaux, de gazomètres, de châteaux d'eau, de puits de mines, ces photographies qui ont changé notre regard). Voilà peu encore, la foire était emportée par une fièvre asiatique de gigantesques et hurlants barbouillages.

Cette année, calme plat côté déserts urbains, friches et chantiers (je n'ai aperçu, en passant vite, qu'un Frank Thiel démesuré sans le moindre intérêt, mais il y en avait certainement quelques autres, notamment Andreas Gursky, plus personnel). Et purge massive côté débauche chinoise. C'était une bonne surprise.

La foire ne dure que quelques jours. Bâle et ses musées s'illustrent toute l'année et, dans l'immédiat, tout l'été. C'est l'occasion de les voir, ou les revoir. La Fondation Beyeler (bâtiment de Renzo Piano), qui expose Jean-Michel Basquiat jusqu'au 5 septembre. Le Schaulager (bâtiment de Herzog et de Meuron), qui accueille dans ses espaces somptueux l'œuvre originale de Matthew Barney jusqu'au 3 octobre. Le Museum für Gegenwartkunst, dans un ancien moulin au bord du Rhin, dévolu jusqu'au 26 septembre à Rodney Graham. Pour qui aime l'art de ce temps, c'est un bonheur. Il vaut mieux prévoir une petite semaine qu'un long week-end.

Les commentaires sont fermés.