02/07/2010

Marges se met en marge, le temps de souffler

Opinion publique. La tenue régulière d'un blog est une expérience de communication intéressante. Elle n'est pas de tout repos. Sans même souffrir de bloghorrée, son auteur ne s'attache pas à une sinécure. D'autant moins sur Marges, où j'essaie d'accorder aux propos qui y sont tenus une certaine transparence. J'y vois un gage de crédibilité. Je demande donc aux internautes qui souhaitent réagir de signer leur commentaire de leur prénom et de leur nom. Que les sujets soient graves ou anodins. Je reste prêt à admettre une publication sous pseudonyme, pour de bonnes raisons et pour autant que l'identité du commentateur me soit connue.


Cela suppose de nombreux échanges «hors blog» avec des internautes qui, pour des motifs qui leur appartiennent, choisissent de s'exprimer sous un nom d'emprunt. Quelques-uns se laissent convaincre de tomber le masque, qui relève chez eux davantage d'un jeu social virtuel que d'une volonté de dissimulation. Leurs opinions et réactions sont alors publiées.

Les échanges sont cependant le plus souvent vains: les adresses électroniques indiquées sont imaginaires (un très mauvais signe!), les internautes font la sourde oreille. J'ai repéré parmi eux quelques «trolls». Je les vois sévir ailleurs, sur des sites de journaux ou d'autres blogs.

J'ai tenté d'engager le dialogue avec certains anonymes. Je me suis heurté le plus souvent à un mutisme signifiant une fin de non recevoir. Je me suis vu opposer parfois une désarmante mauvaise foi. Du côté d'une minorité minuscule, mais dotée d'un fort pouvoir de nuisance, la seule intention semble de semer impunément la zizanie, d'exsuder une frustration, de cultiver la provocation, de libérer des insultes.

Il existe d'heureuses exceptions. Au cours de ces premiers mois de gravitation dans la blogosphère, elles se sont dégagées de la confrontation de points de vue radicalement opposés.  Je pense en particulier à un échange sur la controverse entre le romancier Yannick Haenel et le réalisateur Claude Lanzmann au sujet de Jan Karski (s'il me lit, ce correspondant se reconnaîtra: son adresse électronique est localisée au Sri Lanka, ce qui est peu commun). Ou à un autre, aux enjeux moins lourds, sur l'héritage du chanteur Jean Ferrat.

L'anonymat serait-il donc, sur la Toile, la seule condition et la seule garantie de la liberté de parole? La seule expression possible de l'opinion publique? La question ne cesse de me turlupiner. Je suis allé faire un petit tour ailleurs, en injectant un commentaire sur La plume d'Aliocha, un blog tenu par une journaliste française formée au métier d'avocat. Je reproduis sur La page du médiateur les moments principaux de la discussion qu'il y a provoquée.

Sous ces conditions, en effet, la tenue d'un blog n'est pas de tout repos. L'été est enfin arrivé. Il est temps de souffler un peu.

 

Un entretien avec Jean-François Mabut sur le même sujet est publié par la Tribune de Genève dans son édition des 3 et 4 juillet 2010. Le texte est également publié dans le blog des blogs de la Tribune à cette adresse webzine.blog.tdg.ch

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