23/08/2010

Des fleurs dans le métro

Lecture. Mon premier livre de l'été est resté à l'ombre; en juillet j'ai beaucoup circulé et peu lu à part les journaux. L'heure de pointe, par Dominique Simonnet, se passe dans le métro parisien. Le livre s'annonce comme un «roman en quatorze lignes». Ce sont celles du réseau, de Château de Vincennes - La Défense (ligne 1) à Olympiades - Saint-Lazare (ligne 14), l'une et l'autre bien connues des voyageurs arrivant à la Gare de Lyon.


 

Quatorze récits en trompe-l'œil. On les lit d'abord comme des nouvelles, avant de s'apercevoir que les histoires entretiennent entre elles de subtiles correspondances. Connexions assez naturelles, au fond, sur un réseau. Deux femmes qui se sont rencontrées sur la ligne 3 montent ensemble, se tenant par la main, dans une rame de la ligne 4 à la station Les Halles.

La plus visible de ces liaisons tient à la présence d'une fleur plutôt rare en sous-sol: le lys blanc, entre les mains d'une jeune femme aux longs cheveux blonds, évoqué en titre et dès les premières lignes du texte initial. C'est en suivant le parcours Balard-Créteil (ligne 8) que le lecteur découvre l'origine de la fleur insolite. La trace ne s'en perd pas, puisqu'à la station Pyramides, sur la ligne 14, le même lys est offert par la jeune femme aux cheveux blonds à un enfant perdu dans le royaume des morts de l'ancienne Egypte, emporté par le souvenir de son père «parti pour très longtemps», qui le lui fit découvrir.

L'heure de pointe est un livre délicat, tissé de fines observations, grand ouvert à l'imaginaire. Un imaginaire que chacun cultive selon ses moyens et qui se fonde sur la perplexité née de la captation d'un visage, dans la rue, dans les transports publics, sur la terrasse d'un café. Qui est cet autre, à quoi pense-t-il, quelle est sa vie, quel est son destin? Dans la promiscuité d'une rame ou d'une station de métro, à l'heure de pointe, les visages ne manquent pas, qui interpellent le regard.

Celui de Simonnet est plutôt porté à la tendresse, au point que la fleur, sur quelques lignes, paraît parfois un peu trop bleue. Qu'importe! Il suffit de se prêter à ses récits et laisser parler en soi une voix qui ose encore exprimer les sentiments simples de la vie, l'amour et le désir d'aimer, le chagrin d'un départ, le bonheur d'une rencontre.

 «Le livre inspiré», sur la ligne 3 (Pont de Levallois - Galliéni) est une variation sensible sur un passage célèbre du roman de Stendhal Le Rouge et le Noir - Julien Sorel à la conquête ardente de la main de Madame de Rênal. «Mariage à points», sur la ligne 6 (Nation - Etoile) brosse en quelques touches un tableau acide de la complexité des liens amoureux. «Individu errant», sur la ligne 13 (Châtillon-Montrouge - Saint-Denis), évoque les obstacles culturels aux sentiments surgis dans le métro, où l'on se frôle, se regarde, se bouscule, se murmure, se découvre. Ou ne se rencontre pas.

 

Dominique Simonnet, L'heure de pointe, Actes Sud, 2010.

Commentaires

Bonjour cher Monsieur. Liens amoureux...au gré des plaisirs passagers d'un sourire, d'un regard plus insistant que la norme autorisée par la bienséance entre personnes inconnues... Cette légèreté d'un amour adultère jamais consommé, juste entrevu, juste disparu. Ce regard interdit par le voile et le monde musulman, ces yeux qui s'autorisent des choses interdites... Ce regard qui est peut-être beaucoup plus de la douceur amoureuse que du harcèlement sexuel chez les personnes douées de sensibilité sensuelle et bien dans leur condition amoureuse quotidienne. Ce regard qui nous divise entre Islam et Occident. Il me semble que dans le métro, les avions, le train, sur un quai de gare, dans la rue, à la plage, partout, le prétexte au regard amoureux est important à la vie amoureuse de tout être humain. Il n'est pas dans la nature humaine de s'interdire un beau sourire, une pair d'yeux qui pétillent, de belles jambes bien mises en évidence... Le tabou est ailleurs. Dans l'interdit de briser un couple amoureux, dans l'interdit de provoquer inutilement un partenaire de vie, dans l'interdit de blesser un amour merveilleux par des gestes et des regards sur une autre personne qui en disent trop long sur notre concupiscence pour une femme ou un homme que l'on désire. Le scandale, c'est quand la limite de la douceur est dépassée pour aller vers le désir charnel extrême de posséder à n'importe quel prix une personne de manière illégitime. L'Occident et l'Orient ont chacun un travail à faire pour se rejoindre un jour sur la manière de regarder amoureusement l'Autre sans jamais toucher... Très bonne journée à vous.

Écrit par : Jean-Marie Gumy | 23/08/2010

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