03/09/2010

Rentrée littéraire: rien ne presse

Lecture. La rentrée littéraire m'indiffère. Elle est un miroir aux alouettes. Articles de promotion convenus, entretiens copier-coller, reproduction des mêmes pages de couverture, des mêmes portraits dans les magazines. Les découvertes sont rares, les confirmations plus encore. Chaque année, je m'agace en vain de la parution rituelle et invasive du dernier Nothomb, des poses, du rouge pétant et du chapeau d'Amélie. J'ai tort bien entendu. Tout coule

Je l'ai vérifié plus d'une fois par la lecture de pages maraudées à l'étal de libraires: je n'ai aucun goût pour la littérature d'abattage. Comme pour la tolérance, il y a des maisons pour cela. Ce sont les grandes surfaces.


 

Je me méfie à peine moins des prix littéraires. J'y regarde quand même d'un peu plus près. Sans me précipiter. Je lis des critiques crédibles, que l'on connaît à la fin. Je me renseigne autour de moi, j'écoute des voix amies. Je ne me précipite jamais. Mon record historique, selon mon souvenir, est de n'avoir attendu que six mois pour ouvrir Le Testament français d'Andreï Makine, beau prix Goncourt 1995. Je viens de lire La musique d'une vie, du même Makine, paru il y a bientôt dix ans. Un peu déçu, moins par le ton, cette musique qui lui appartient, que par la construction du récit.

Ordinairement, il se passe donc avant lecture des mois, des années ou tout simplement l'éternité qu'engendre l'oubli. Ma récompense est que je n'ai que très rarement le sentiment d'arriver au bout d'un livre vain. C'est faire preuve d'un esprit peu aventureux? Allons! L'aventure est ailleurs. Elle est du côté de Joyce et de Faulkner, de Cervantès et de Proust, de Dostoïevski et de Stendhal. Vieux jeu? Alors, de Sciascia le Sicilien, de Hrabal le Tchèque, de Sebald l'Allemand de Norwich, de Bolaño le Chilien... Ou parmi les vivants, de Lobo Antunes le Portugais, de Grunberg le Néerlandais de New York (saisissant Tirza, paru l'automne dernier chez Actes Sud) et de tant d'autres, plus cachés, plus rebelles encore à l'empilage, que les journaux pour la plupart ne voient même pas passer...  La voilà, à mes yeux, l'aune de l'aventure littéraire. Les livres embusqués derrière les piles, sur le deuxième rayon, aux antipodes.

Pour le reste, je traîne les pieds. J'ai quand même fini par lire Jonathan Littell, en édition de poche. Son principal mérite fut de m'envoyer du côté de Vie et destin de Vassili Grossman et des Disparus de Daniel Mendelssohn. Alors, quand je termine aujourd'hui la lecture du Lièvre de Patagonie de Lanzmann, paru au début de l'année dernière seulement, je me trouve encore sacrément pressé.

 

Commentaires

La lenteur dans le choix de vos lectures vous honore puisqu'elle débouche finalement sur de bons auteurs. Faut-il comprendre qu'il faut une longue décantation avant d'ouvrir une page publiée dans l'année ? Qu'il faut que l'effervescence médiatique et commerciale soit retombée pour que les choix se fassent plus aisément ? Ou qu'il faut que l'édition soit diffusée en poche pour que vous daigniez acheter un livre sans alourdir le porte-monnaie ? Questions finalement peu importantes. Ce que je retiens de votre billet, c'est que la rentrée littéraire vous agace alors qu'elle m'amuse et me permet souvent de me faire une idée par procuration sur les ouvrages qui sortent en librairie. Et comme vous, j'ouvre un livre sans considération de devoir être à la page et connement mondain!

Écrit par : Jacques Vallotton | 06/09/2010

Je vous propose de lire "Franck" de Anne Savelli paru chez Stock ce 8 septembre ,dans la collection encore inconnue "la forêt" de Brigitte Giraud.
Peut être ainsi découvrirez-vous un nouvel auteur et une écriture dont la qualité vous surprendra et vous réconciliera avec la rentrée littéraire ?

Écrit par : Lucie Legoupil | 09/09/2010

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