13/09/2010

Le "donneur" de l'UBS promu star médiatique

Journalisme. La lecture des journaux et des magazines réserve parfois des découvertes qui valent le détour. Ainsi, dans la dernière livraison de Bilan, une enquête de Myret Zaki sur Bradley Birkenfeld, l'homme par qui le scandale est arrivé. C'est à lui que des milliers de clients américains de l'UBS ont dû d'être «donnés» pour avoir omis de déclarer leurs comptes. On saura gré, au passage, à Temps présent de nous en avoir montré quelques-uns la semaine dernière, Suisses de souche, pas forcément fiers, mais tout petits poissons...


 

Birkenfeld est en prison en Pennsylvanie. Bon, il avait lui aussi favorisé l'évasion fiscale. Il espérait que sa coopération avec les autorités américaines lui vaudrait davantage de mansuétude, et peut-être même quelque gratitude. C'est raté. Il est donc fâché et le fait savoir à qui veut l'entendre.

Justement, ils sont assez nombreux à vouloir l'écouter. Il s'est exprimé en mai sur Swissinfo.ch, il a tenu le même discours en août à World Radio Switzerland (WRS), repris le lendemain par Le Temps. Birkenfeld ne trouve pas d'oreilles complaisantes qu'en Suisse. CBS et le New York Times ont aussi tendu les leurs.

L'objet de l'enquête est de montrer comme Birkenfeld manipule les médias depuis sa prison, sans craindre la désinformation ni les exagérations, exploitant les quatre années passées chez UBS comme «un véritable fonds de commerce». Myret Zaki peut se prévaloir de compter parmi les meilleurs spécialistes de la presse suisse sur ce dossier, la plus avertie peut-être. Elle relève une réaction du président de la Fondation Sandoz: «La presse est très ouverte à ce genre de choses. On a l'impression d'avoir été floués par la non-enquête parlementaire, et donc on est à l'écoute.»

Un autre de ses témoins, resté anonyme, est encore plus direct: «Les médias adorent cela, quelqu'un qui se vante d'avoir descendu une banque à lui tout seul. Il va tellement dans le sens des journalistes, qu'ils ne ressentent pas le besoin d'authentifier ni de mettre en doute ce qu'il dit.»

La critique est à prendre au sérieux. Elle touche du doigt l'un des nœuds du journalisme. Non seulement recouper la source d'une information, non seulement en vérifier le contenu, mais encore s'ouvrir au discours ou aux faits qui risqueraient de l'invalider - fût-ce contre ses propres convictions ou inclinations.

On prête au magnat de la presse américaine William Randolf Hearst, modèle du Citizen Kane d'Orson Welles, ce conseil cynique à ses journalistes, qu'il m'est arrivé de citer plus d'une fois: «Ne laissez jamais la vérité vous priver d'une bonne histoire!»

Commentaires

A mon sens la réaction du président de la Fondation Sandoz est plus qu'éclairante. Sauf que s'il y avait eu une CEP, elle aurait certainement accouché d'une souris.

Et même prouvées, les fautes des dirigeants auraient débouchées sur des peines avec sursis, car, bien-entendu, il faut comprendre que ces gens ont des responsabilités, ce n'est pas facile pour eux, etc, etc. Ou comment priver le mot "responsabilité" de tout son sens. Les petits poissons, par contre, se mangent le tarif maxi.

Écrit par : Georges-André Bitoniaux | 14/09/2010

Ces repproches sont justifiés, juste pour confirmer votre article. Je pense qu'il appartient aux lecteurs de réagir.
Je l'ai fait, oui peut-être la seule à avoir eu ce culot, qui a fait débouler un journaliste du journal local jusque chez moi. C'était en 2007 après avoir lu ma réponse à son texte sur les Jenisch suisses. Il a compris qu'il eut mieux valu pour lui s'approcher de ceux qui avaient connu les années 50 ,que d'écrire n'importe quoi. Et surtout de fausser le regard de gens n'ayant encore rien mais absolument rien compris qui sont nos Jenishs suisses.
Ce qui fausse aussi les articles de presse ce sont tous ces gadgets informatisés,qui peuvent en un clin d'oeil récolter de fausses informations ,truquées, par des canaux comme twitter. De là vient le danger pour de réelles informations. C'est triste, car le métier de journaliste a produit de très bons journalistes. Ce sont eux qui sont pénalisés par ces systèmes défigurant la vérité. Aux lecteurs d'en tenir compte!

Écrit par : Line Bielmann | 18/09/2010

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