28/10/2010

Pollution sur la ligne

Communication. D'abord, c'était dérangeant. C'est vite devenu agaçant. C'est aujourd'hui exaspérant. Essayez de rester une journée entière chez vous. Vous vous exposez à vivre dangereusement. Avec un peu de malchance, il ne se passera pas deux heures sans qu'un appel téléphonique ne vienne vous tirer de vos occupations ou de votre tranquillité. Pour vous soumettre les questions d'un institut de sondage, vous proposer un changement d'assurance maladie, c'est la saison, les performances imbattables d'un nouvel opérateur téléphonique, les services d'obscures sociétés ou des lots de pinard. J'exagère? A peine. Il y a des jours comme ça.


J'en ai subi les effets au cours d'innombrables matinées l'automne et l'hiver derniers, tandis que j'écrivais un livre à mon domicile. Toujours la même gymnastique: achever en hâte la phrase en cours, garder à l'esprit la suite de l'histoire, sauvegarder le texte, courir à l'appareil, décrocher. Non, ce n'est pas l'ami qui me veut du bien, ce n'est pas la sœur qui prend des nouvelles, ce n'est pas le fils cadet qui m'en donne de Paris; c'est une lointaine rumeur, le bourdonnement d'une ruche téléphonique.

Et soudain, une voix plutôt affable, au moins l'est-elle, parfois un peu lasse. «Vous êtes bien Monsieur Daniel Cornu?». Jamais personne de mon entourage ne commencerait ainsi. Pas besoin d'en dire plus, je comprends. Je suis de nouveau victime de la pollution.

Au premier appel, je reste aimable. Je me mets à la place de ces pauvres personnes contraintes d'exercer des activités de «télémarketing», mot abominable parfaitement en phase avec l'activité qu'il désigne. Elles sont mal rémunérées, sans doute pour la plupart tenues à des performances. J'ai même reçu un appel un dimanche matin. Sale métier! Je n'aimerais pas être à leur place.

Alors, je leur réponds avant de les laisser poursuivre que, quelle qu'elle soit, leur proposition ne m'intéresse pas. Lorsque l'appel ne me dérange pas trop, j'y mets de la malice. J'expose à ces Solange, Carmen ou Maxime que je suis preneur de tout service ou de tout appareil qui me mettrait à l'abri d'appels tels que le leur. Il est arrivé que quelques-uns s'en amusent.

Au troisième appel de la matinée, je me fais plus expéditif: «Je vous arrête là. Au revoir et bonne fin de journée». Cela s'appelle couper court.

Une chose m'étonne. Ces gens n'ont pas la moindre idée de qui vous êtes. Des appels me proposent des plans d'épargne ou d'assurance-vie en vue de la retraite, alors que je suis retraité selon la loi depuis six ans. L'autre jour, la proposition m'est soumise de recevoir un conseiller en assurance maladie de la compagnie auprès de laquelle je suis déjà assuré. Je le fais observer aussitôt. Excuses et confusion de mon interlocuteur.

Réconfortant tout de même. Ils ne savent donc pas tout de moi, ces Solange, Carmen ou Maxime. Big Brother n'a pas encore mis son nez dans toutes mes affaires!

Les circonstances présentes accroissent néanmoins mon irritation. J'ai pour quelques semaines un pied dans le plâtre, je clopine sur des cannes anglaises. Atteindre le récepteur en anticipant l'impatience de mon correspondant tient de la performance. Quand j'entends: «Vous êtes bien Monsieur Daniel Cornu?», c'est simplement trop.

Et puis je m'inquiète. L'autre soir, nouvel appel, à l'heure du repas. Voix enthousiaste, en américain : «Dear Mister Cornu». A l'entendre, j'aurais gagné le jackpot de je ne sais plus quel casino de Las Vegas. L'arnaque commence à montrer le bout de son nez. La pollution sur la ligne s'intensifie. J'ai raccroché, abandonnant la fortune pour retourner à mon saucisson vaudois.

 

 

 

 

Commentaires

N'achetez plus du vin français, Bordeaux ou autres. J'ai eu la malheureuse idée d'en commander par téléphone. Depuis plus de trois ans, je suis harcelée, matin, midi et soir, samedi, dimanche, au téléphone pour que je commande à nouveau du vin.
J'ai tout essayé. La gentillesse du refus, la courtoisie, "Madame, j'ai suffisamment de vin".
La colère: "Madame, votre vin ne m'intéresse plus".
L'humour: "Madame, votre vin Château-ci, Château-ça, je le trouve ordinaire par rapport au vin rouge du Valais". La menace: "Madame, je vous dénonce pour harcèlement".

Rien n'y fit. Alors, je vous dis simplement: boycottez les vins français.

Écrit par : Noëlle Ribordy | 28/10/2010

Oui, parfois le téléphone nous empoisonne la vie quand il s'introduit dans notre vie privée et les appels téléphoniques peuvent agacer, voire exaspérer lorsqu'on ne souhaite pas être dérangé !

Sondages d'opinions, appels commerciaux, etc., autant de sources d'agacement.

Toutefois, il existe une solution très simple et prévue dans les centraux téléphoniques.

Il suffit simplement de taper *26# et d'attendre le message de confirmation :
"Le service est activé "

Tous les appels entrants seront alors accueillis par le message suivant :

"L'abonné ne désire pas être dérangé momentanément".

Pour supprimer ce service et autoriser à nouveau les appels entrants, taper :
#26# et attendre la confirmation :

"Le service est désactivé "

C'est simple et très efficace !

Voir les instructions de Swisscom ci-après :

http://www.swisscom.ch/res/hilfe/festnetz/zusatzdienste/ruhe/index.htm?languageId=fr&campID=src_L%27abonn%20ne%20souhaite%20pas%20&

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 28/10/2010

En réponse à Jean d'Hôtaux.
Plusieurs internautes seront sans doute très contents de recevoir ces indications. Alors, merci à vous. Elles ne me sont cependant guère utiles. Primo, je n'ai pas envie de me couper du monde: d'autres appels téléphoniques me réjouissent, et certains sont attendus même avec impatience; je n'ai donc pas envie de me débrancher complètement. Secundo, et c'est rédhibitoire, mon récepteur est dépourvu de touches multifonctions. Il s'agit d'un bel appareil couleur caramel, trapu, datant des années soixante, dont le design fait aujourd'hui très tendance.

Écrit par : Daniel Cornu | 29/10/2010

Il y a longtemps que les «sondeurs» m'ont éliminé de leurs listes! A peine mon interlocuteur/trice avait-il/elle débité son petit couplet que je demandais: «Vous voulez me vendre quoi?». En général, ça bafouillait à l'autre bout du fil et on me disait très vite au revoir! A essayer! En revanche, je n'ai pas encore réussi à stopper le flot quotidien de mails qui m'annoncent qu'une somme faramineuse (en général proche ou supérieure au million de dollars) m'attend si je veux bien donner des coordonnées bancaires... Là, bien que j'élimine immédiatement ces courriels importuns auxquels je n'ai jamais répondu, les «machines» qui les envoient ne se découragent pas, hélas!

Écrit par : Martin Leu | 29/10/2010

Bienvenue dans le club! Cette pollution téléphonique finit par vous dégouter de même d'exister. Surtout si on vous demande le nom d'un disparu, prétextant qu'il aimait bien boire un bon vin. Ou encore: où se trouve-t-il maintenant? Ce genre de question, beaucoup de personnes seules ont dû s'y habituer. Ensuite, on s'étonne de les voir déboussolées et préférant s'isoler plutôt que de continuer à affronter l'hypocrisie qui sied si bien au gens qui les appellent. Ceux-ci s'excuse certes de ne pas savoir. Mais dès l'an prochain, ils reviendront vous poser le même genre de questions sordides!

Écrit par : Line Bielmann | 30/10/2010

J'ai trouvé plusieurs astuces,dont je vous fais part. Pour une femme, c'est peut-être plus facile. Si c'est un homme, et toujours en fonction de mon humeur, je dis en riant: "Ouf, enfin un homme qui viendra m'aider à remettre mes rideaux,ou à crocher mon soutien-gorge". En général, ce genre de réponse les remplit de joie pour toute la journée. Quand aux dames, qui m'exaspèrent le plus souvent, car elles sont beaucoup plus rancunières, je dis: "Désolée, je suis la femme de chambre. Ma patronne est partie pour trois mois". Comme ça, j'ai la paix un mois ou deux. A chacun sa méthode!

Écrit par : Line Bielmann | 30/10/2010

En septembre 2008 j'avais cédé à l'achat de vin de Bordeaux, ceci après plusieurs appels téléphoniques. C'était une très mauvaise idée de ma part. Le vin commandé m'a été livré quelque temps plus tard et je l'ai payé contre facture à la livraison.
Quelques semaines plus tard, harcèlement téléphonique pour passer une nouvelle commande. Même stratégie que vous me semble-t-il. Et toujours leur numéro de téléphone masqué par "Indisp."

Mais surprise! Depuis la mi-octobre, je suis harcelé 4 à 5 fois par jour et par des dames vantant à nouveau les vins de Bordeaux.

Aujourd'hui, je m'apprête à déposer une plainte contre inconnu (e) pour cette pratique de vente plutôt cavalière et surtout douteuse.

Écrit par : Benoît Marquis | 30/10/2010

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