01/11/2010

Les médias ont-ils trop de pouvoir?

Médias. Ça y est! Mon essai est sorti de presse. Il a enfilé le costume bleu pétrole de la collection «Médiathèque», aux éditions du Seuil. Il s'y trouve en bonne compagnie: Michel Field et Olivier Duhamel, Pierre Haski de Rue89, Laurent Joffrin de Libération...

Je le dis avec simplicité: je ne boude pas mon plaisir. C'est toujours un bonheur de tenir entre les mains un livre qui sent encore l'imprimerie, de caresser du regard sa couverture. Son titre formule une question: Les médias ont-ils trop de pouvoir?


Ce n'est pas un hasard. Pendant les quelques mois consacrés à sa rédaction, comme je le signale en introduction, je n'ai pas manqué de raconter à des amis ou à des connaissances de rencontre que je travaillais sur le pouvoir des médias. «Oh là! Il est énorme». Ou: «Vous n'allez pas manquer d'arguments!» Ou encore: «C'est le moment de s'en occuper!» Personne ne semble en douter: l'influence des médias est écrasante. Sur quelques dizaines de réactions hors du milieu journalistique, je n'ai enregistré à ce jour qu'un avis contraire. Un seul. Il m'est venu d'un ami de collège, aujourd'hui le Collège Calvin, qui fit toute sa carrière dans la banque.

C'est donc cette opinion dominante, confirmée par des sondages, que j'ai prise en compte lors de ma discussion avec l'éditeur sur le choix du titre. Celui-ci comporte un risque. En général, les gens préfèrent des titres plus affirmatifs, voire péremptoires. Pas de milieu: puissance ou impuissance des médias! Poser une question, est-ce entendre que les médias n'ont, dans les faits, pas autant de pouvoir qu'on l'imagine? La nuance, «rien que la nuance», c'est bon pour l'art poétique. Mais pour le débat des idées?

Comme si je m'infligeais d'emblée un handicap! La critique idéologique des médias fait recette à l'étalage des libraires. Écrivez un essai sur le complot médiatique, sur la vénalité de la presse, sur la connivence entre journalistes et gens de pouvoir et vous êtes assuré que votre ouvrage titillera le chaland. Osez une opinion un peu plus équilibrée et vous paraissez aussitôt plaider pour la gent journalistique que les gens n'apprécient pas trop - les sondages le montrent aussi!

Du côté des journalistes, précisément, on se montre volontiers sceptique sur la question. Tant de causes que l'on a défendues et qui ont tourné court! Tant d'énergie pour dévoiler une réalité dérangeante, qui n'a rencontré que l'indifférence! Tant d'expériences d'une distance troublante entre les priorités des salles de rédactions et les préoccupations affichées par le public! Les journalistes en viennent à douter de leur influence, au point de se défendre d'une quelconque volonté d'agir sur le public: ils ne chercheraient qu'à l'informer.

L'esquive ne trompe personne. L'information journalistique n'est pas seulement une manière de restituer les faits de l'actualité et les opinions des acteurs sociaux. Elle propose une vision de la réalité, elle n'est pas innocente de toute intention d'en révéler certains aspects plutôt que d'autres. En démocratie, le contraire serait préoccupant. Un journalisme sans prétention à la moindre influence se déchargerait de toute responsabilité.

Pourquoi les polémistes auraient-ils au demeurant le monopole du discours sur les médias et leur pouvoir? Des observateurs placides et pourtant critiques ont entrepris de vérifier par des études de terrain l'emprise des médias sur la société. Ces recherches sont d'un abord moins immédiat, moins séduisant pour le profane. Elles sont moins gourmandes de vérités définitives. Elles sont publiées par des revues pour spécialistes. Sous la forme d'ouvrages scientifiques, elles se glissent dans les plus austères rayons des librairies, plutôt qu'elles ne paradent à leurs devantures. Pour le grand public, elles ne font pas le poids. Leur existence suffit cependant à ébranler un bon nombre de certitudes et d'idées reçues.

Les médias seraient-ils si puissants? L'affaire est plus compliquée qu'il n'y paraît. La question ne se satisfait pas de réponses à l'emporte-pièce.

Je me suis aventuré dans cet essai animé par une double ambition. Puisque le pouvoir des médias continue de susciter d'aussi fortes convictions, tenter de découvrir dans l'histoire des idées les principaux jalons qui les expliqueraient. Et puisque le débat n'est pas clos, nourrir un espoir raisonnable de voir le foisonnement même de ces idées instiller dans les esprits un doute salubre.

Petit libelle, va ton chemin!

 

Les médias ont-ils trop de pouvoir?, éditions du Seuil coll. « Médiathèque », 2010.

 

 

Commentaires

Oui, Daniel, écrire, parler, filmer, c'est mettre de l'ordre dans le réel, c'est donc choisir.
On va lire cet essai.

Écrit par : Jean Romain | 01/11/2010

En premier je vous adresse toutes mes félicitations. Le titre provocateur va faire réagir beaucoup de lecteurs, qui souvent ne se doutent absolument pas de qui se cache derrière les médias,souvent piégés eux-mêmes par des partis politiques. Oui, les médias ont un énorme pouvoir.

Écrit par : Line Bielmann | 01/11/2010

Toutes mes félicitations!

Écrit par : Gorgui Ndoye | 01/11/2010

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