10/11/2010

Commentaires sous pseudos: pourquoi ce jeu de cache-cache?

Opinion publique. Censure! C'est la réaction la plus courante, lorsque réaction il y a, des porteurs de pseudonymes auxquels j'ose refuser à l'accès à Marges. Je ne le fais pourtant pas sans user de précautions, quel que soit le contenu du commentaire. Ni sans rappeler les conditions de publication indiquées sur la page d'accueil de ce blog.


A la réception d'un premier commentaire signé d'un quelconque alias, je commence toujours par expliquer à l'auteur mon attachement à la transparence des identités. Le débat public me semble plus clair et plus fécond si chacun s'exprime à visage découvert. J'ai déjà beaucoup ferraillé à ce sujet, sur la Page du médiateur ou ailleurs.

Ma position est très isolée sur la Toile. Il arrive que je sois approuvé. Cela ne signifie pas que je sois suivi. L'ouverture d'un compte sur le site de la Tribune de Genève, pour ne parler que d'elle, ne passe-t-elle pas d'emblée par une inscription demandant au postulant de choisir un pseudonyme? Il n'est évidemment pas facile de remonter ensuite le courant.

J'ai réussi à convaincre un petit nombre de commentateurs masqués, qui sont devenus des familiers plus ou moins intermittents de Marges. Les irréductibles restent les plus nombreux. Ce n'est pas une surprise. Ils comptent parmi eux les auteurs des commentaires les plus désagréables. C'est de ces derniers que me vient le plus souvent l'accusation de censure. Ils ne comprennent pas, ou feignent de ne pas comprendre. Ce n'est pas le contenu de leur commentaire qui fait problème. C'est leur anonymat.

La communication anonyme se prête au trucage. L'usage d'une adresse électronique inventée de toutes pièces, par exemple, interdisant le moindre échange direct. Ou le recours par une même personne à une batterie de pseudonymes.

Ces pratiques sont-elles l'effet d'un manque de courage? D'un goût pour la dissimulation? D'un irrépressible besoin de se fondre dans le «on» de l'opinion publique? D'une mode postmoderne du «pas vu pas pris» qui arrange tout le monde ? D'une simple timidité? Observation étonnante, la fidélité à l'anonymat se manifeste aussi à propos de commentaires tout à fait publiables, n'outrepassant pas les limites de la loi. Et même à propos d'interventions parfaitement anodines.

Que ce soit clair! J'ai d'emblée limité ma réfutation de l'anonymat aux commentaires sur les sites de médias et les sites d'information qui s'en inspirent. Tout au plus l'ai-je étendue à leurs satellites (blogs et compagnie). Elle vise les interventions qui s'inscrivent dans un espace public de discussion. Et non l'ensemble des territoires existant sur la Toile, où l'anonymat offre souvent une nécessaire protection, aux plus jeunes en particulier.

Aujourd'hui, je m'interroge. Je n'ai obtenu à ce jour que très peu de réponses argumentées sur les motifs personnels de partisans de cette identité de prothèse. Je conçois fort bien que le pseudonyme ne pose problème que lorsqu'il couvre un abus. La question de son usage systématique subsiste: hormis les situations où un commentateur se trouverait réellement exposé à des embarras ou des représailles s'il se dévoilait, pourquoi ne pas s'exprimer sous son vrai nom, comme le font dans les journaux les signataires de lettres de lecteurs?

Voici trois exemples de commentaires récents qui n'ont pas été mis en ligne sur Marges en raison du refus d'apparaître de leurs auteurs. Ils sont publiés ici intégralement.

 

A propos de Une Eglise plus égale que les autres? (note du 4 octobre au sujet des obsèques de Mgr Genoud et de l'absence d'une représentation du gouvernement genevois) :

 

«C'est bien mal connaître l'histoire de ce canton, et une partie de sa législation, que de hasarder l'idée que les catholiques y auraient des privilèges.»

A propos de Pollution sur la ligne (note du 28 octobre sur le harcèlement commercial par téléphone) :

 

«Bonjour Monsieur Cornu. Vous censurez tous mes commentaires, au motif qu'ils sont signés d'un pseudo. Il me suffirait de prendre un pseudo du type "Prénom Nom" pour y échapper... Cessez-vous de lire ou d'écouter un auteur dès que vous apprenez que son nom n'est qu'un pseudonyme? Pas rancunier, je vous signale - et vous laisse le soin de partager ce conseil - qu'il vous suffit de lire la page 15 de l'annuaire téléphonique. Une protection contre ces intrusions peut être obtenue en faisant précéder son nom d'un astérisque * dans l'annuaire papier. C'est gratuit. Cette "liste rouge" est gérée par CallNet.ch l'association interprofessionnelle pour la gestion de Call Centers et de Centres de Contact Client en Suisse: http://www.callnet.ch/default.aspx?seite=211. Encore plus efficace, car cela concernera aussi votre boîte aux lettres: vous inscrire sur la liste "Robinson" http://www.sdv-asmd.ch/index.php?TPL=10140. Il y a encore une autre astuce pour se débarrasser des importuns: laisser branché en permanence un répondeur avec une annonce adéquate, informant que vous ne répondez pas aux intrus, et vous ne décrochez que si vous reconnaissez l'appelant.»

 

A propos de Les médias ont-ils trop de pouvoir? (note du 1er novembre sur la parution de mon dernier livre) :

 

«Ha! Ha! Ha! Elle est bien bonne celle-là! La parution de cet ouvrage signifie que le temps des doutes est arrivé et qu'il faut impérativement inverser cette tendance. Non seulement les médias ont trop de pouvoir, mais en plus ils posent la question par l'intermédiaire de leurs valets. On flatte l'idiot utile dans le sens du poil. Ces rédacteurs ne sont pas des petits saints en matière de manipulation et de désinformation. C'est de la soupe néo-marxiste pour petits bourgeois engoncés dans leurs certitudes, qui pourraient brusquement se réveiller. Réalité et propagande sont fortement antinomiques. Un tel ouvrage devrait être couvert par la garantie à l'égard des défauts cachés. Futurs lecteurs gardez bien la facture, car il n'est pas si loin le temps où vous pourrez en réclamer le remboursement, au motif qu'on vous aura menti sur toute la ligne.»

 

Au premier, j'aurais peut-être répondu. Au deuxième, j'aurais adressé des remerciements. Au troisième, j'aurais encaissé sans broncher. Franchement, pourquoi se cacher?

 

Commentaires

Bonjour Daniel,
Ce n'est évident que dans le 3ème des commentaires que vous citez aujourd'hui, mais l'anonymat des blogs sert d'abord et souvent essentiellement à protéger une minorité de personnes haineuses et aigries. De tristes sires et de méchantes sirènes qui n'oseraient la plupart du temps pas s'exprimer publiquement de manière aussi grossière et agressive qu'ils ou elles le font quotidiennement dans les blogs.
Ces gens ont souvent du temps à perdre et de la rancoeur à revendre parce qu'ils sont en situation d'échec personnel ou professionnel. Parfois de leur fait, parfois du fait de la société. Le problème, c'est qu'ils monopolisent le terrain et peu à peu en chassent les autres, lassés de tant de bêtise. Des martiens peu au fait de la réalité pourraient croire que ces gens sont largement majoritaires dans nos contrées. Heureusement, il n'en est rien, mais leur omniprésence sur les blogs concoure à libérer la parole chargée de haine de l'autre, de racisme, de populisme et de sectarisme de la pire espèce.
En ce qui me concerne je suis clairement pour l'interdiction de l'anonymat, quitte à changer progressivement les usages du net. Je pense qu'on y viendra, tôt ou tard. Il m'arrive moi-même, souvent par jeu, d'user d'un pseudonyme, tout en révélant ma véritable identité à mes correspondants, par le biais de mon adresse couriel, qui leur est connue. C'est amusant et pratique parfois, pour dénoncer des choses qui pourraient vous nuire professionnellement. Dans ce cas, comme dans le courrier des lecteurs des journaux, il devrait y avoir un médiateur qui décide de ce qui mérite l'anonymat, dûment motivé. Mais si c'est juste pour insulter, dire des bêtises, répandre la propagande populiste et in fine, abaisser dramatiquement le niveau deréflexion dans la République, alors là, c'est clairement non.

Écrit par : Philippe Souaille | 10/11/2010

Cher Monsieur,
Quel plaisir que de vous lire !
Nous sommes donc au moins deux à lutter contre cette infamie, cette lâcheté, ce manque de courage: les commentaires sous "pseudo" !
Bien à vous.

Écrit par : Renaud Gautier | 10/11/2010

Je ne partagerais pas forcément les avis postés précèdemment.

L'anonymat, permet certes à certaines personnes de déverser leur haine ou les plus basses attaques. Elle permet par contre, à d'autres voix de s'exprimer sans être victimes de "représailles".

L'anonymat est parfois le prix à payer de la liberté d'expression.

Je rappelle enfin que tous les commentaires peuvent être modérés. Aucunes excuses valables donc, pour celui qui se refuserait à publier les commentaires anonymes.

Écrit par : Olivier Francey | 10/11/2010

Et de rebondir sur l'actualité pour vous signaler ceci (Source: ATS):

Les commentaires diffusés sur les blogs des médias bénéficient de la protection des sources. Le Tribunal fédéral (TF) a rendu mercredi un arrêt de principe et annulé un verdict qui contraignait la télévision alémanique à donner l'identité d'un blogueur.

A une majorité de trois juges contre deux, la Ière cour de droit public du TF a jugé que les blogs diffusés par les médias doivent bénéficier de la protection des sources, telle qu'elle est garantie par l'article 28a du Code pénal (CP).

Le verdict, qui fera jurisprudence, concerne un internaute qui avait rédigé un commentaire sur un blog diffusé sur le site de la télévision alémanique SF, en lien avec une émission de téléréalité consacrée au Réduit national.

Sur plainte d'un particulier, qui s'était senti atteint dans son honneur, la justice zougoise avait exigé de la télévision alémanique qu'elle divulgue l'adresse IP permettant l'identification du blogueur. (délibérations publiques du 10 novembre 2010 dans la cause 1B_44/2010)

Écrit par : Olivier Francey | 10/11/2010

"Lorsque réaction il y a, des porteurs de pseudonymes auxquels j'ose refuser à l'accès à Marges."
Pas étonnant que votre blog soit si peu commentés... Et si peu fréquenté? L'anonymat est déjà presque impossible sur la toile de toute manière.
Maintenant, la "Tribune de Genève" pourrait interdire les pseudonyme. Par contre, les blogs qui profitent d'une forte popularité risqueraient d'être déserté comme l'est le vôtre.
Moi, je crois surtout que cette position, partagée par Jean-François Mabut et Pascal Décaillet, est le fait d'une classe de journalistes qui se sentent spoliés de leurs privilèges informatifs et vivent très mal la transition médiatique actuelle.
De plus, les journalistes sont payés pour donner leur avis à visage découvert, alors que le commun des mortels se soucie surtout d'éviter qu'un recruteur lambda ne puisse découvrir ses opinions personnelles.
Et puis, s'il y avait si peu d'intérêt à l'annonymat, pourquoi tant d'auteurs l'ont-ils utilisé depuis la nuit des temps? Vous me direz que ce n'est pas comparable. La seule différence pourtant réside dans le talent. Pour le reste, si les gens aiment l'anonymat il doit y avoir des raisons bien précises à cet état de fait.
Les opinions ne sont-elles pas plus importantes et supérieures à ceux qui les émettent, sachant que nous ne sommes que les vecteurs d'idées qui nous sont supérieures et se propagent par nous, mais aussi surtout malgré nous?

Écrit par : Carlos Lopez | 10/11/2010

Je suis un fervent partisan de la suppression de l'anonymat des commentaires. Nous sommes dans un pays démocratique, la liberté d'expression est une réalité. Je crains beaucoup plus la majorité silencieuse, dont les frustations, les rancoeurs, les petites haines trouvent un exutoire dans les isoloirs en pliant soigneusement un bulletin de vote et en le glissant dans l' urne. Je n'ose ajouter et en tirant la chasse d'eau.
Comparer le pseudo d' un écrivain, "Appolinaire" par exemple, au commentateur lambda est tout simplement ridicule. J'ajoute qu'il devrait exister un site qui réunirait les dignes intervenants censurés ayant visités des bloggeurs fameux mais susceptibles, qui pratiquent le tout à l'Ego avec pas mal de commentaires.

Écrit par : Pierre-André Briand | 10/11/2010

Y en a marre, franchement. Qui donne sa vraie identité sur le web? Pourquoi ne pas enregistrer les "commentateurs" avec un nom connu de la rédaction, et vérifier? Déjà pour éviter que des millions d'internautes s'en prennent -si ce n'est physiquement - mais surtout moralement à la personne concernée. Préservons la sphère privée!
Et puis c'est comme les votations. Si je ne votais pas à bulletin secret, peut-être que je voterais différemment.
Quelques fois mêmes des commentaires "débiles" permettent de répondre clairement à des attaques injustifiées.
Et comme le souligne un internaute: il reste la censure!
Arrêtons de bâillonner les gens!

Écrit par : Pat H. (identité connue) | 10/11/2010

En réponse à Olivier Francey.
A mon avis, et sous réserve d'une connaissance plus détaillée de l'arrêt, la décision du Tribunal fédéral s'inscrit dans la plus heureuse des traditions quant à la protection des sources. Mais elle ne décharge pas pour autant le média qui héberge le commentaire litigieux d'une responsabilité éventuelle; en acceptant de publier des commentaires anonymes (ou sous pseudonymes), le média en prend le risque. De plus, la décision du TF ne donne pas un blanc-seing au commentaire anonyme, dans le sens où elle n'encourage pas ce type d'intervention dans le débat public. Simplement, elle ne fait pas obligation au média concerné de révéler l'identité de son auteur.

Écrit par : Daniel Cornu | 10/11/2010

Pas deux Renaud, au moins trois !

Écrit par : Jean Romain | 10/11/2010

Si j'ose avoir l'audace de me décerner la médaille en chocolat en m'attribuant la quatrième place parmi les partisans du courage en matière de blogs et de commentaires.

Quelques remarques complémentaires :

a) Le fait de signer ses commentaires ne dispense pas d'en faire de fort débiles et haineux... Exemple : un certain P.S. que, personnellement, j'ai bloqué "ad aeternam".

b) A ce sujet, j'ai déjà attiré l'attention de J.F. Mabut sur la responsabilité de l'éditeur quant au contenu des blogs et des commentaires, signés ou anonymes, surtout quand il y a clairement injure, voire diffamation. Sa réponse : le blog et ses commentaires sont un espace "extra-éditorial" ou, si l'on préfère, "extra-territorial" par rapport au journal et sont placés sous la responsabilité exclusive du blogueur (qui doit gérer lui-même son "espace-commentaires"), respectivement du commentateur. Je suis pleinement de l'avis, pour ma part, de Daniel Cornu (mais oui, mon cher ami, cela arrive !), à savoir que le journal (soit son rédacteur en chef voire son éditeur, subsidiairement son imprimeur) demeurent responsables de ce qu'ils diffusent de manière anonyme.

c) Je pense néanmoins que l'arrêt du TF (dont je ne connais pas les considérants) pourrait prêter à confusion s'il juge qu'un blog ou un commentaire relève du journalisme; car est-ce la source du journaliste ou du média qui est protégée ou serait-la source de toute information véhiculée par les médias ? Le distinguo paraît mince. Mais en droit, tout est question de dosage, en l'occurrence la pesée entre l'intérêt général digne de protection d'une part, et les droits dignes de protection de la personne d'autre part. Le dilemme précis est celui de savoir si l'auteur d'un blog ou d'un commentaire est une source du journal ou seulement la source d'une information diffusée par le journal dans un espace "extra-éditorial". Une comparaison est possible, quoique discutable, avec l'obligation que pourrait avoir le journal d'indiquer cas échéant l'auteur d'un message publicitaire par hypothèse anonyme (tout aussi "extra-éditorial"). Par hypothèse, puisque les journaux veillent de près à ce que ce cas de figure ne se produise pas, surtout lorsque le message est "limite". Mais les cas concrets existent.

d) Rappelons-nous enfin : la liberté d'expression, la liberté de la presse, c'est non seulement la liberté de diffuser, mais aussi pour le destinataire d'accepter ou de refuser de prendre connaissance. Personnellement, je ne lis pas les commentaires anonymes. C'est aussi une façon, même dérisoire, de militer.

Écrit par : Edward Gobits | 10/11/2010

@ Philippe Souaille. Pendant un certain temps, et un peu en novice, j'ai pris la peine de réagir sur certains articles. Je me suis borné à intervenir sur des sujets que je maîtrise ou qui me tiennent particulièrement à coeur.
Très vite, je me suis rendu compte que tu avais parfaitement raison en ce qui concerne l'aigreur, la haine du prochain et le sectarisme qui se déversent dans ces commentaires. Dans un second temps, dégoûté, je me suis borné à lire les remarques de certaines personnes qui me semblent dignes de respect. Malheureusement, force m'a été de vérifier que, tout comme moi, elles ne réagissaient plus ou très rarement.
Alors oui, avec toi et Monsieur Cornu, je pense qu'il faut limiter les dégâts. Ne serait-ce que pour que les martiens relativisent la représentativité des ces frustrés en tous genres.

Écrit par : Pierre Jenni | 10/11/2010

En novembre 2009, concernant déjà les "pseudos", j'avais laissé ce message sur le blog de M. Jean-François Mabut. Comme je crois que ce texte reste d'actualité, je le reproduis donc ci-après, en ajoutant que je suis très étonné, véritablement très étonné, que le TF, selon décision récente, puisse juger que d'aucuns aient désormais la possibilité de se cacher, sans nulle suite, derrière un "pseudo" pour porter atteinte à l'honneur de quelqu'un. La justice suisse (petit j) devient vraiment de plus en plus n'importe quoi.
Voici donc la reproduction de ce message:
"Ma position concernant les “pseudos” est la suivante et je sais qu’elle est rejointe par de nombreuses personnes :
1. Le “pseudo” peut être raisonnablement admis lorsqu’il permet à une personne de s’exprimer, de présenter une opinion, une position, quelle qu’elle soit, même engagée, lorsque cela se fait de manière posée, réfléchie, pondérée, polie, avec des propos jamais agressifs, vindicatifs, voire grossiers vis-à-vis de qui que cela soit, personne physique ou morale, voire l’Etat et ses satellites, lorsque la position professionnelle, sociale, voire autre de ladite personne pourrait être mise en danger par des gens qui n’admettent pas des idées contraires aux leurs. Il est bien évident que jamais un secret de fonction ne peut-être trahi via ce biais.
2. Le “pseudo” me paraît être totalement anormal, lorsqu’il permet à une personne connue (homme ou femme politique ou autre personnalité connue, du monde social ou professionnel, par exemple) de se cacher derrière un “pseudo” par peur du “qu’en dira t-on”, si d’aventure cette personne venait à faire découvrir par ses propos une ou des facettes inconnues de sa personnalité, contraires à celles qui sont connues (et que la personne veut faire admettre) par ceux qui la côtoient, qui lui sont proches ou qui la connaissent tout simplement. Utiliser un “pseudo” dans ce cas est une forme de dissimulation qui montre une face particulièrement négative de la personne en question qui via un “pseudo” entend volontairement cacher un ou des aspects de sa véritable personnalité (pourquoi ?).
3. Le “pseudo” est totalement intolérable et inadmissible lorsqu’une personne, sous l’anonymat, invective, insulte, abaisse et se permet des propos vis-à-vis de tiers, quels qu’ils soient, que jamais elle n’oserait proférer si elle devait le faire ouvertement. Les propos ainsi tenus ne devraient en aucun cas être publiés. Utiliser un “pseudo” dans ce cas n’est que de la lâcheté pure et simple."
(Ecrit le samedi, 21 novembre 2009).

Écrit par : Claude Marcet | 11/11/2010

D’abord, par définition, Internet est un espace de liberté unique. Cela ne va peut-être pas durer, mais pour le moment en attendant qu’un moyen soit trouvé pour réprimer ce véritable « fourre tout » c’est un espace d’expression rare où tout semble permis et, quelles que soient les inévitables dérives, c’est tant mieux.
Du coup, interdire l’anonymat sur les blogs et autres lieux d’expression me semble aller contre cette liberté. Par ailleurs, qui peut nous assurer que ceux qui signent le font avec leur vrai nom?
Mais personnellement, si je suis pour l’anonymat, si je le revendique et même si je l’encourage, c’est pour aller à l’encontre de cette tendance voulant qu’aujourd’hui le messager soit devenu plus important que le message. Cela apparaît tout particulièrement en politique où finalement l’important c’est de bien communiquer et d’être donc «vendeur» médiatiquement. Peu importe l’ivresse, l’important c’est devenu le flacon. Résultat, on se retrouve avec des avocats et autres beaux parleurs au pouvoir, alors que des gens brillants, visionnaires et érudits n’ont aucune chance d’exister s’ils ne savent pas d’abord et surtout…. communiquer. Je ne détaillerai pas ici les risques et les limites de cette « peopolisation » de la vie politique, tant ils sont nombreux; mais une chose est certaine, elle conduit à une véritable dérive. Celle-ci est d’ailleurs accentuée par la constatation que décidemment la politique et les médias ne sont pas faits pour s’entendre. Comme l’explique très bien Michel Rocard dans son livre, si la politique c’est l’art du long terme, les médias sont au contraire basés sur l’immédiat, sur l’instantané...
Voilà pourquoi, au royaume de l’image, de l’immédiat et de la personnalisation, il est bon de trouver des femmes et des hommes qui ne voient aucun intérêt à se mettre en avant et qui ne désirent finalement qu’être entendu pour ce qu’ils pensent et non pas pour ce qu’ils sont. Les courriers des lecteurs ne leur donnant pas cette chance, il leur reste aujourd’hui le monde virtuel.
Malheureusement, comme à chaque fois qu’il y a une parcelle de liberté quelque part, il s’en trouve pour tenter de la supprimer. Profitons encore quelque temps de cette extraordinaire liberté que nous procure Internet….

Écrit par : Vincent S. (identité connue) | 11/11/2010

Les abus de l'anonymat sont évident. Je pense par exemple à ce militant UMP, notaire à Saint Julien, qui inondait mon blog d'insultes anonymes durant les élections municipales à Saint Julien -allant jusqu'à mentionner que je cirais mal mes chaussures (sic). Après la campagne, il avait dévoilé son identité et devant les réactions que cela avait suscité m'avait ensuite demandé d'effacer ses commentaires (ce que j'ai fait, mais en laissant la mention que le commentaire était supprimé à la demande de l'auteur).

Il y a encore quelques années entre l'anonymat total et la déclaration publique il y avait un stade qui était la communication privée : ni anonyme, ni publique. Avec les outils informatiques existants et à la portée de tout le monde, une conversation privée devient publique : un simple commentaire sur un coup de sang peut s'avérer être un handicap professionnel 3 ans plus tard. Il y a beaucoup d'idées qui sont socialement innacceptables et intellectuellement utiles : l'anonymat permet à ces idées de trouver des modes d'expression.

A l'opposé, une levée totale de l'anonymat laisserait un monopole à ceux qui ont un intérêt à rendre public leurs idées : partis politiques, avocats, lobby ce qui appauvrirait considérablement le débat.

Le récent jugement du tribunal fédéral sur le secret des sources étendues aux commentateurs de blog devrait incité plus d'utilisateur à faire connaitre leur identité aux rédactions.

Écrit par : Antoine Vielliard | 11/11/2010

"Avouez, mais avouez donc", dit le, la les journalistes de la TV, Radio, presse écrite à la personne qu'ils interviewent. Les journalistes sont-ils devenus des curés, confesseurs, inquisiteurs? Policiers aussi: donnez votre nom!
Je dirai que même les pseudos ont un visage. Lectrice régulière des commentaires, j'ignore les textes de certains blogueurs, sachant pertinemment qu'ils sont de la soupe imbuvable. Donc je suis grande et vaccinée contre les publications malhonnêtes et je ne les lis pas.
Et même, ces textes ne devraient pas paraître.
Quant à la gloire du "journaliste du dimanche", celui qui écrit des commentaires, elle est fugace et encore....

Écrit par : Noëlle Ribordy | 11/11/2010

@Renaud, Jean et Daniel... Nous sommes donc au moins quatre... L'anonymat des commentaires est en effet, selon moi, la version moderne et exécrable de la lettre anonyme signée par un "corbeau".
Nous concevons tous que le débat d'idées, argument contre argument, peut être parfois vif, voire même violent mais, nous convenons aussi qu'il ne doit pas se déplacer vers la bassesse ou vers l'insulte personnelle.
Comme le remarque avec pertinence Philippe Souaille, dont je partage en l'occurrence l'opinion : (l'anonymat omniprésent) "sur les blogs concoure à libérer la parole chargée de haine de l'autre, de racisme, de populisme et de sectarisme de la pire espèce. En ce qui me concerne je suis clairement pour l'interdiction de l'anonymat, quitte à changer progressivement les usages du net."

Écrit par : pierre gauthier | 11/11/2010

Chez les scouts, après une intronisation qui n'était jamais prise à la légère (...), le pseudo nous conférait une âme prête à pourfendre l'humanité afin de protéger les plus faibles. La plupart d'entre nous ont la déontologie inscrite dans leurs gènes. Le secret de fonction, nous en faisions un code d'honneur. Ces pseudos servaient à nous reconnaitre et sont devenus une mode pour grand public, alors qu'ils ne le sont pas. Encore un dérapage menant à certains commentaires dignes du fameux "Hara Kiri". A chacun selon sa conscience!

Écrit par : Line Bielmann | 11/11/2010

L'anonymat doit être cadré à mon sens.

En effet, pour des raisons professionnelles ou diverses il est parfois souhaité par un internaute de ne pas apparaitre "en clair". (expression d'un point de vue contraire à l'intérêt de son employeur, p.ex.)

On ne doit pas par contre permettre de se réfugier derrière un anonymat pour agresser un blogueur/un autre internaute (insulte, diffamation, haine, ..)

Il me semble qu'une voie médiane pourrait être utilisée en intermédiaire :
- création d'un compte "blog tribune" avec son vrai nom ou un pseudo
- validation de votre vrai personnalité par activation de ce compte après avoir reçu un courrier à son adresse postale contant un code d'activation.
De cette manière l'identité de tout blogueur est connu "des services".
Cela permettra peut-être une auto-censure sur des prises de position haineuses ou insultantes et évitera également une usurpation de pseudo.

Écrit par : Philippe Calame | 11/11/2010

Dans un monde idéal, décliner son identité ne devrait pas poser de problème. Vous faites encore partie d’une génération pour laquelle l’intellectuel avait un rôle précieux à jouer : il était celui qui pouvait provoquer la pensée et s’opposer à la doxa.
Depuis vingt ans s’est développée une idéologie (soi-disant inspirée de l’économie) qui est celle du “management des entreprises”. Avec elle, sont venues des cohortes d’experts, de petits chefs qui ne proposent plus des théories (ou des visions et opinions du monde que l’on peut toujours réfuter), mais des procédures “scientifiques” à suivre pour améliorer l’efficacité et le rendement. C’est l’ère de l’expert, expert qui vient avec ses outils pour évaluer, contrôler. Travaillant au DIP comme institutrice, je vois que des enjeux de pouvoir sont de plus en plus envahissants. Avec une hiérarchie quadruplée, avec le fameux “devoir de réserve des fonctionnaires“, avec la demande constante d’un débat “constructif” et l’impossibilité pour un haut cadre de critiquer les politiques scolaires adoptées par sa hiérarchie, les bouches sont muselées! Les gens et surtout les jeunes se sentent de plus en plus menacés dans leur travail. Cette peur, il est vrai, est souvent exagérée, en tout cas au sein du DIP, car jamais encore un enseignant (à l’exception d’un Ramadan qui défendait la lapidation des femmes) n’a été renvoyé pour délit d’opinion. Néanmoins, le climat est à l’inquiétude. C’est pourquoi, pour promouvoir le débat démocratique et pour donner aussi aux hauts cadres la possibilité de s’exprimer, j’autorise, pour mon Blog, les commentaires sous pseudonymes pour autant qu’ils respectent les règles de la "Tribune de Genève".

Écrit par : Michèle Roullet | 11/11/2010

Si le pseudonyme sert à protéger quelqu'un qui se mettrait en danger en commentant des faits graves et avérés, il se justifie, mais dans les blogs, on a souvent affaire à de grossiers manants qui injurient ceux qui ne pense pas comme eux, les moquent au lieu d'argumenter et font souvent étalage de sentiments frustes, voire bas. Dans ce cas là, l'anonymat ne se justifie pas et la solution du "Monde", serait bonne pour la "Tribune". Je ne crois pas à théorie « mabuesque » de l'exutoire et le niveau de certains commentaires porte, à mon sens, atteinte à la qualité du site.
J'ajoute que j'ai vu passer dans ces commentaires des insultes passibles des tribunaux.

Écrit par : Guy Le Comte | 11/11/2010

J'ai du mal à comprendre en quoi l'usage du pseudo peut être problématique. Les blogs sont "modérés" par leurs responsables et rien ne les empêche de ne pas publier les commentaires sous pseudo, comme le pratique M. Cornu. D'autre part il est aussi vrai que certains blogueurs, dont le Très Grand Journaliste, se refusent même à publier les commentaires qui ne leur conviennent pas ou qui ne flattent par leur ego hypertrophié.

Quoi qu'il en soit, il me semble que la solution du "compte blog" tel que suggèré plus haut résoudrait aisément le "problème".

Écrit par : Jean-Louis Feuz | 11/11/2010

" L'anonymat doit être cadré" D'accord avec la proposition de Philippe Calame.
Je trouve surprenant que des appels au meurtre avec ou sans pseudo ne soient pas suivis de poursuites judiciaires.
Un blog même hébergé, est public, l'auteur en accepte les commentaires, ou bien il les supprime. C'est en fonction de son "ego" ou de sa vision démocratique du monde. Couper un morceau de commentaire est indigne. Mieux vaut le supprimer, c'est plus démocratique.
Un blog n'est pas un salon privé. Pour celles et ceux qui ne sont pas d'accord, il leur est possible d'écrire un livre électronique, ou un livre papier; en plus, ils peuvent toucher des royalties.
La liberté de critiquer, d'apporter de la contradiction, est un droit FONDAMENTAL qu'il faut défendre. Il en va de notre liberté donc de la démocratie!
Le monde d'aujourd'hui "redevient" dangereux; il suffit de comprendre l'actualité et constater les faits.
Je n'ai pas le droit de me mettre en danger pour mille raisons.
Pour mille raisons, les autorités doivent "protection à la personne"; c'est leur obligation.
"La protection des sources", Olivier Francey en parle et c'est très bien. Le statut et l'exposition des journalistes le justifie.
Il m'arrive de temps en temps d'acheter "Le Monde" anonymement en toute liberté.
J'ai donc payé ma cote part des frais généraux. Si en plus je dois reverser 6 euros par mois pour faire partie de la discution...NON!
Qu'ils communiquent entre-eux en mettant un "mur de Berlin" psychologique et ce faisant, contre-productif, c'est leur affaire.

@ Jean-François Mabut
Sur votre message il est indiqué...cliquez "ici"
Je ne suis pas un pro, j'ai cliqué! J'essaie de ne pas être bête mais discipliné!
Critiquer un prof a largement moins de conséquence que de critiquer une croyance.
Avertissement: "Toute personne se servant des informations ou d'écrits pour des représailles directes ou indirectes sur moi ou mes proches s'expose... TRES gravement.
Noël Pierre, c'est bien moi!

Écrit par : Pierre Noël | 11/11/2010

Dans le sillage de votre questionnement s'en profile un autre: que faut-il penser des personnes - et elles sont nombreuses sur la plate-forme de La Tribune - qui ouvrent un blog sous pseudonyme?

Écrit par : Lionel Chiuch | 15/11/2010

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