10/12/2010

Borloo est arrivé-é-é...

Télévision. Pathétique moment de télévision, jeudi soir au journal télévisé de France 2. On y  parle abondamment de neige et de verglas, comme partout ailleurs. Mais on s'y réserve une gâterie: «Le grand retour de Jean-Louis Borloo», comme l'annonce en ouverture David Pujadas. Une exclusivité de la chaîne, rappelée en cours de route. Restez avec nous, car dans quelques minutes JLB «sort du silence». Un silence observé depuis le remaniement du gouvernement, qui a confirmé François Fillon au poste de premier ministre, alors que JLB semblait en état d'y prétendre.

Arrive le moment des révélations. Borloo est en direct, plongé dans une ambiance festive. On célèbre autour de lui le cent-cinquième anniversaire de la loi sur la laïcité, à la Maison de l'Aveyron. David Pujadas attaque d'entrée: «D'abord un mot sur ce qui s'est passé à la mi-novembre. Avez-vous été trompé ou dupé?»

L'ancien ministre - il l'a été sans interruption de mai 2002 à novembre 2010 - fait aussitôt le pas de côté. Il est là pour célébrer les valeurs de la République, l'égalité, la fraternité, la liberté (citées dans cet ordre) et non pour parler de politique. Relance de Pujadas. C'est bien joli tout ça, mais ce remaniement, «comment l'avez-vous vécu?» Nouvelle esquive de JLB. «J'éprouve le besoin de me ressourcer dans le combat pour les valeurs de la République».

Ah, ah, ah, se dit Pujadas, promettant un dernier mot (il y en aura d'autres): «La République c'est aussi le gouvernement. Est-ce que Nicolas Sarkozy a changé d'avis à votre sujet?» Rebelote du côté de l'ancien ministre. Et cela continue.

Pujadas tournicote autour de JLB, mais il n'arrive pas à lui mordre le mollet. «Est-ce que vous n'avez pas de l'amertume? Serez-vous toujours un soutien de Nicolas Sarkozy?» Il essaie de l'amadouer en lui posant une question dont la réponse l'indiffère totalement («Quel est l'enjeu de cette soirée?»), avant de repartir de plus belle: «Etes-vous plus à l'aise hors du gouvernement? Allez-vous quitter la politique et revenir au métier d'avocat?» Arrive enfin la question qui tue: «Est-ce qu'il y aura une candidature Borloo en 2012?»

Cela dure six minutes. JLB n'entend parler que de République laïque et mâche jovialement sa langue de bois. Quant à Pujadas, il ne se pose pas la question d'un éventuel intérêt des téléspectateurs pour une manifestation sur la laïcité républicaine, aujourd'hui mise à mal par tant de vociférations identitaires. Si Jean-Louis Borloo doit sortir de son silence, ne serait-ce pas, au fond, pour permettre à David Pujadas de le côtoyer sur les grands titres des journaux du lendemain?

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