09/01/2011

Le paradis des prisons russes

Justice. Quiconque l'a suivi garde en mémoire l'entretien mené avec Vladimir Poutine, premier ministre de Russie de son nouvel état, lors du journal du soir de France 2. C'était il y a six mois. On l'a relaté dans Marges. Interpellé sur les assassinats de journalistes dans son pays, il a cyniquement contre-attaqué sur l'état des prisons françaises. Vétustes comme on sait, inadaptées à une population carcérale croissante.


C'était assez soufflé. Ça l'est plus encore à la lecture d'une lettre de Russie publiée par Le Monde dans son édition du 7 janvier. Elle est intitulée «Récits de la prison Boutyrka». Cette ancienne forteresse de briques rouges était à l'origine une caserne pour hussards, construite au dix-huitième siècle sur l'ordre de la Grande Catherine. Elle accueillit son premier prisonnier politique en 1775, le chef d'une insurrection paysanne. Pour quelques jours seulement, avant son supplice. Elle compta plusieurs hôtes illustres: les écrivains Isaac Babel et Evguenia Guinzbourg, le poète Ossip Mandelstam, sans oublier Soljenitsyne...

Aujourd'hui encore, la Boutyrka est le plus grand centre de détention provisoire de Moscou. Les conditions d'incarcération y sont abominables, raconte l'auteur de la lettre, Marie Jégo. Des cellules sont dotées d'une simple grille de fer en guise de fenêtre et laissent pénétrer le froid glacial. Le juriste du fonds britannique Hermitage y est mort en novembre 2009, après un an de détention, passé d'une cellule «courant d'air» dans une autre, dont le sol était recouvert des eaux putrides d'une canalisation éclatée. Sans être autorisé à voir sa famille, sans recevoir de soins.

Un témoignage sur les conditions de détention à la prison Boutyrka est paru en octobre de l'année dernière. Il est dû à Alexeï Kozlov, un entrepreneur prévenu dans une affaire d'escroquerie. Rédigé sur papier par le détenu, puis mis en ligne sur un blog par son épouse Olga, avant d'être publié sous forme de livre.

«Les conditions inhumaines sont créées tout spécialement pour que l'accusé n'ait qu'un désir: avouer au plus vite», écrit Kozlov. Le seul moyen de s'en sortir est d'accepter un système de corruption hallucinant. Pour obtenir la visite d'un médecin, le transfert dans une cellule confortable, un téléphone portable. Le système est le même pour l'épouse ou la famille. Une visite passe par le versement d'un pot-de-vin.

Selon Marie Jégo, ces révélations ne sont pas restées sans effet. Que de bouleversements, note-t-elle non sans ironie! «Les cellules ont été repeintes et les toilettes ont été munies de portes!» Elle relaie des promesses de séances de bronzage sous solarium et de communication avec l'extérieur grâce au réseau Skype... Pour l'instant une spécialiste du monde carcéral russe s'en tient à des prétentions plus modestes: «Il vaudrait mieux alimenter les cellules en eau chaude».

Vladimir Poutine devrait absolument accepter de nous en parler à la prochaine occasion.

 

 

Commentaires

A vous lire, les conditions de détention à la prison Boutyrka n'auraient guère évolué en Russie depuis le séjour qu'y fit Alexandre Soljenitsyne ...

Il faut lire ou relire "L'archipel du goulag" pour s'imaginer les terribles conditions de détention endurées par les détenus, selon Alexandre Soljenitsyne, et pas seulement à Boutyrka, mais aussi à la Loubianka occupée alors par le NKVD puis par le KGB.

Ramener l'état de vétusté des prisons françaises au niveau des conditions carcérales russes est assez osé ... même si je n'ai connu ni les unes, ni les autres il est vrai !

Moralité : mieux vaut éviter, si faire se peut, toute incarcération, dans quelque pays que ce soit !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 09/01/2011

On ne gère pas un pays de la taille de la Russie de la même façon qu'un "mini-état" comme la France ou la Suisse.
On ne traite pas les criminels de la même manière en Russie que les délinquants en Europe. La Russie, c'est le Far-West. Ceux qui l'ont compris peuvent faire fortune.

Écrit par : Eric G. (identité connue) | 10/01/2011

Vous avez raison sur le fonds mais je dois avouer que je suis très préoccupé par les conditions de détention pénitentiaire en Suisse.

Selon les quotidiens de ce jour les premiers rapports de la Commission nationale contre la torture dénoncent l’isolement prolongé, des fouilles corporelles injustifiées et un cadre trop strict pour les étrangers sous mesures de contrainte.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/30927cd2-1dcb-11e0-9b3c-f9d292001f51/Exc%C3%A8s_s%C3%A9curitaires_dans_des_prisons_suisses

et si l’on en croit le chef du service des immigrations en Valais tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

http://www.nouvelliste.ch/fr/news/suisse/des-critiques-visent-le-valais-10-242863

Écrit par : André Ronchi | 12/01/2011

It’s a great tip on Do It yourself stuff. Thanks!

Écrit par : UK Dissertations Help | 18/01/2011

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