17/01/2011

Blocher, Hitler, Juncker: un air nauséabond

Télévision. Très intéressant entretien, sur Mise au point (TSR) dimanche soir, avec Jean-Claude Juncker, premier ministre luxembourgeois et actuel président de l'Eurogroupe, en charge de la monnaie européenne.

Un homme fin, intelligent, mesuré, dont le costume n'est pas taillé pour la politique-spectacle. Un très mauvais client pour animateur de télévision vibrionnant. En face de lui, Laurence Gemperlé sait trouver le ton juste. C'est, pour le téléspectateur romand, le dernier épisode de la série politique du moment.


A l'origine, une interview accordée par Juncker à l'hebdomadaire allemand Die Zeit, dans laquelle il considère la Suisse comme «une tache blanche au centre de l'Europe» et, à ce titre, comme «une absurdité géostratégique».

Largement partagée par d'autres Européens, cette analyse lui vaut une réplique de Christophe Blocher lors de son discours de Nouvel An sur Teleblocher: «C'est ainsi que s'exprimait Hitler». Et le vice-président de l'UDC de rappeler que le Führer traitait la Suisse de «sale petit hérisson arrogant».

Troisième épisode: un débat public, à Zurich, entre les deux hommes. Au sujet de l'adhésion de la Suisse à l'Union européenne, chacun reste sur ses positions. Juncker déclare au passage: «Moi, je ne cite jamais Hitler».

Cela semble un détail. Ce n'en est pas un. Depuis toujours, je me méfie des comparaisons historiques rendues bancales par le simple cours de l'Histoire. Et plus encore, quel que soit le tireur, quelle que soit la cible, je déteste les invectives tirées d'arsenaux d'un autre temps.

Traiter, pour n'importe quoi, n'importe qui de «facho» ou de «SS», le ramener par un simple jeu rhétorique à Vichy ou à Auschwitz, c'est tout simplement nier l'irréductibilité d'un désastre propre à une période de l'histoire européenne. C'est le banaliser. C'est adopter une posture négationniste.

Jean-Claude Juncker se pose souvent en défenseur de la Suisse dans les discussions européennes. Evoquer Adolf Hitler à son propos est stupide. Plus encore, révélateur de la mesure que Christoph Blocher prend du passé.

 

 

Commentaires

Dommage que vous n'ayez pas mieux perçu la phrase de C.Blocher ou compris à travers les lignes le message qu'elle contenait!
Heureusement, les vrais Suisses, eux, l'ont compris!

Écrit par : Henry Rappaz | 17/01/2011

...Parce qu'évidemment, le sieur Rappaz est un "vrai Suisse", lui ! Et seuls les "vrais Suisses" peuvent comprendre Blocher. Ainsi donc et si je calcule bien, l'UDC recueille un peu moins de 30 % des voix sur un peu moins de 50 % des gens qui votent, ce qui représente à peu près 15 % de vrais Suisses dans notre belle Confédération...Il n'y a pas de quoi pavoiser.

Écrit par : Michel Sommer | 18/01/2011

"Jean-Claude Juncker se pose souvent en défenseur de la Suisse dans les discussions européennes" telle est une phrase que vous publiez ci-dessus.
Je pense qu'il serait plus correct de dire que le premier ministre luxembourgeois se "cache" derrière la Suisse pour défendre les intérêts du Luxembourg. S'il se trouve qu'en matière de secret bancaire les intérêts sont communs, ce ne sont cependant pas les intérêts suisses que défend Monsieur Junker, mais bien ceux de son pays. Quant au commentaire qu'il a fait sur la situation économique de la Suisse par rapport à celle de l'Europe, prendre comme compartifs les Pays-Bas ou la Finlande ne vaut pas plus que si nous nous comparions à la Grèce ou l'Irlande....
Par ailleurs prétendre que la Suisse à l'intérieur de l'UE serait plus apte à jouer les intermédiaires entre les Etats en situation difficile n'est pas prouvé. Un Etat membre d'une union est par nature représentant des intérêts de cette union. La neutralité en serait que plue contestable.

Écrit par : Raoul D. (identité connue) | 18/01/2011

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