21/01/2011

Tabucchi et l'affaire Battisti

Justice. L'écrivain italien Antonio Tabucchi est l'auteur de livres magiques et subtils. Je les ai presque tous lus et conservés dans ma bibliothèque. Il est un homme chaleureux et sympathique. Je dois à Bernard Comment, son traducteur, de l'avoir rencontré il y a quelques années au Salon du Livre de Genève; nous avions alors surtout parlé de football, ce que je tiens pour un signe rassurant chez un intellectuel ou un artiste. Il est proche du grand Portugais António Lobo Antunes, qu'il a traduit en italien, et amoureux du Portugal - comment de pas l'être? Antonio Tabucchi s'affirme aussi, lorsqu'il le faut, engagé et courageux.


Le voilà qui prend à rebrousse-poil des parangons de l'intelligentsia française, Bernard-Henri Lévy le Consternant et Philippe Sollers le Ludion des boudoirs, le second l'emportant sur le premier par une écriture tout de même remarquable.

Le voilà qui fouaille les phraseurs des Droits de l'homme s'obstinant à défendre ceux de Cesare Battisti, auteur de quatre homicides en Italie, criminel de droit commun converti au terrorisme révolutionnaire, condamné dans son pays à la perpétuité, au bénéfice abusif sous Mitterrand d'un droit d'asile en France...

Le voilà, Antonio Tabucchi, qui s'interroge sur les raisons de ce privilège, alors que le Brésil de Lula a refusé de l'extrader, et qui relaie l'hypothèse d'une collaboration de Battisti avec les services secrets français. Il cite le Fatto Quotidiano, journal indépendant lancé en septembre 2009 contre la toute-puissance médiatique de Berlusconi: «Il [Battisti] l'admettra lui-même en racontant avoir été aidé par les services français dans sa fugue au Brésil». Aveu que l'on a pu lire aussi dans la presse française.

Le voilà, enfin, qui rétablit l'honneur de la justice italienne: «Certains intellectuels français (...) ignorent les précieux services que les magistrats ont rendus à la démocratie et à la Constitution italienne. Ils ne savent pas que les magistrats ont fait arrêter un grand nombre de mafieux, de terroristes et d'hommes politiques corrompus. Ils ne savent pas que beaucoup de ces magistrats l'ont payé de leur vie.»

Ils ne le savent pas. Ils ne veulent pas le savoir. BHL dans son ineffable posture: «Les Droits de l'Homme, c'est moi!» Antonio Tabucchi oppose, à lui et aux autres: Battisti est coupable, le soutenir est un véritable scandale.

Oui, c'est courageux de bousculer ainsi les violons. Ça l'est aussi, de la part du Monde, d'accueillir la charge de l'écrivain italien dans ses colonnes, alors que BHL s'y trouve cajolé plus souvent qu'à son tour et qu'il figure dans son conseil de surveillance.

Merci, Tabucchi!

 

Commentaires

Votre article montre à quel point, dans cette affaire, Antonio Tabucchi a mal usé de sa bonne réputation, que bien des prises de position passées justifient par ailleurs.

Beaucoup de choses manquent à son analyse, qu'il voudrait réduire aux seuls Italiens sans en donner les clés aux autres. Ce sont ces clés que j'ai essayées de fournir: http://dormirajamais.org/celibataire/

Écrit par : Olivier Favier | 21/01/2011

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